Alors que l’instruction de l’affaire Kerviel est close, près d’un an jour pour jour après la découverte de cette fraude qui a coûté 4,9 milliards d’euros à la Société générale, l’ancien trader a livré, vendredi 6 février, sur les ondes de RTL, sa version des faits. Dans cet entretien, Jérôme Kerviel, 32 ans, explique pourquoi, et comment, il a misé sur le marché des sommes colossales non autorisées.
“Maintenant que l’instruction est close, je reprends ma liberté de parole, déclare-t-il. (…) Il y a beaucoup de choses qui ont été dites, écrites, complètement fausses sur l’histoire, sur moi, sur ma vie. Que je suis un terroriste, que je suis un autiste, que j’ai avancé tout seul dans les systèmes de façon indécelable.”
Questionné sur son mobile, il assure, n’avoir “pas pris un centime dans cette histoire”. “Je n’ai jamais rien volé, je n’ai pas voulu jouer”, ajoute M. Kerviel, accusé “d’abus de confiance, faux et usage de faux et introduction dans un système automatisé de données”.
Sa hiérarchie porte, selon lui, de lourdes responsabilités sur ses agissements. “J’ai fait des bêtises, je le reconnais. Mais toutes ces bêtises je n’ai pu les faire que parce que ma banque m’a encouragé à les faire”, estime-t-il aujourd’hui. “Vous croyez sincèrement qu’une opération de 15 milliards d’euros passe inaperçue et que la banque ne se pose aucune question ?”, interroge-t-il. Je ne me cachais pas. J’étais au milieu du desk et tout le monde me voyait faire.”
“SPIRALE”
Il y a un an, lors de son audition devant les policiers de la Brigade financière, M. Kerviel avait affirmé qu’il avait agi pour faire gagner de l’argent à sa banque pour “être un trader d’exception”. Aujourd’hui, il rectifie : “Mon objectif n’était absolument pas de briller vis-à-vis des autres traders”, assure-t-il. Je me suis laissé entraîner dans une spirale auto-alimentée, sur laquelle mes supérieurs mettaient de l’huile pour que ça tourne à plein régime.”
Il semble regretter ses agissements : “J’aurais bien aimé qu’on me dise : arrête tes conneries, ça va mal se passer.” Le jeune homme revient aussi sur ses débuts dans le trading, un métier “stressant”, où il s’est entendu dire maintes et maintes fois par ses supérieurs : “est-ce que tu as été une bonne gagneuse aujourd’hui ?”
“Le premier ordre que j’ai passé – j’avais la main qui tremblait – était d’un montant de 200 000 euros, quasiment le prix d’un appartement”, raconte-t-il. Une “bonne journée” pour un trader c’était 40 000, 50 000 euros, “j’ai affiché certaines journées à 1 million d’euros…”
Sur la façon dont s’est déroulée l’instruction, M. Kerviel dit avoir “l’impression que la Générale tire les ficelles dans cette enquête”. “Ça prendra le temps que ça prendra. (…) Mais je continuerai clairement à me battre”, assure-t-il. “Vous savez, mon père m’a transmis une chose qui est son nom. Il a été sali durant cette affaire et je n’ai qu’une idée en tête : faire éclater la vérité.”
Il confesse redouter la tenue du procès, qui pourrait avoir lieu en 2010. “Qui ne redouterait pas ce moment ? Surtout s’il y a la prison à la clef. Tout le monde a peur de la prison, personne ne souhaite aller en prison…”.
De la prison, où M. Kerviel a passé 37 jours en détention provision, il décrit “une expérience horrible”. Une fois que toute cette affaire sera terminée, de quoi aura-t-il envie ? “D’anonymat, la paix, et vivre tranquillement”, répond l’ancien trader. J’ai toujours été Mister Nobody, Monsieur Personne. Et j’espère le redevenir très rapidement.”
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